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  • Jean-François Monino
  • Europe Ecologie - Les verts d' Aubervilliers
  • Homme
  • 01/02/1980
  • france paris seine-saint-denis aubervilliers
  • ecologiste
  • Maire adjoint à la Ville d'Aubervilliers aux travaux,à la Voirie et à l'agenda 21. Conseiller Communautaire Président du groupe des élus Verts et Europe Ecologie.
Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 10:00

Première séance du mercredi 25 novembre 2009 - extrait du compte-rendu officiel :

M. le président. La parole est à M. Yves Cochet.

M. Yves Cochet. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, mon propos sur le Grand Paris rejoindra partiellement les interventions de certains des orateurs qui m’ont précédé...

M. Yanick Paternotte. Il n’y en a eu que deux !

M. Yves Cochet. ...aujourd’hui ou hier, monsieur Paternotte. À cet égard, j’aimerais revenir sur votre assertion selon laquelle il s’agirait d’« imaginer la région capitale de demain ». Je me demande dans quel monde nous vivons vous et moi. Ce qui s’est passé depuis septembre 2008 a-t-il vraiment été pris en compte dans ce projet de loi ? On a l’impression qu’il n’en est rien. Le Premier ministre n’a-t-il pas l’année dernière construit son budget sur l’hypothèse d’un taux de croissance de 1 % pour 2009 alors que la crise financière commençait ? En réalité, il a été à de moins 1,5 %. Autrement dit, les anticipations du Gouvernement sur l’état de l’économie française ont différé de 3,5 points du taux effectivement constaté.

M. Jacques Alain Bénisti, rapporteur pour avis. Comme dans tous les autres pays européens !

M. Yves Cochet. À vous entendre, puisque tout le monde se trompe, il n’y aurait pas de raison que nous-mêmes nous ne nous trompions pas... L’argument me paraît faible du point de vue de la raison ! Je crois plutôt que l’on a fait preuve de beaucoup d’aveuglement.

Cette année, le budget a été bâti sur l’hypothèse d’une croissance de 0, 75 %, le Premier ministre a même évoqué le chiffre de 1, 5 %. Des raisons, peu discutées ici, me laissent à penser qu’elle n’atteindra même pas 0,75 %.

Que penser dès lors du projet de Grand Paris, voire de ce très grand Paris imaginé par Nicolas Sarkozy jusqu’au Havre ? M. Pompidou a eu son centre, M. Mitterrand sa pyramide ; M. Sarkozy veut avoir son Grand Paris et vous-même, monsieur le secrétaire d’État, voulez avoir votre métro ? Je suis presque convaincu que de tels projets ne pourront se réaliser pour des raisons qui semblent échapper à ce projet de loi.

Permettez-moi ici de faire référence à un rapport élaboré par la Société générale pour ses clients, auquel Le Figaro du 20 novembre dernier a consacré un article.

M. Jean-Christophe Lagarde. Grande experte en prévisions, comme chacun sait !

M. Yves Cochet. Mais vous savez bien que tout le monde peut se tromper. Je le cite : « Les récents plans de sauvetage mis en place par les gouvernements mondiaux ont simplement transféré les passifs du secteur privé au secteur public, créant une nouvelle série de problèmes ». En outre, le rapport évoque, entre autres scénarios, une nouvelle chute des marchés, une inflation galopante ainsi qu’une forte chute du dollar. Il conclut même en évoquant un « éventuel effondrement économique général ».

Compte tenu de ces perspectives, certes hypothétiques, et de la faible probabilité d’une reprise de l’emploi, je me demande comment l’on peut encore concevoir un projet de loi relatif au Grand Paris en prévoyant d’y consacrer plusieurs dizaines de milliards, alors qu’il ne s’agit que du début d’un commencement. Pour le seul « tube », on prévoit 21 milliards d’euros. Comment croire qu’un tel projet pourra se réaliser ? Il faudra du temps et en 2020, le monde aura changé en profondeur : votre métro ne pourra jamais exister !

M. Jean-Christophe Lagarde. Avec de tels raisonnements, jamais le métro parisien n’aurait été créé !

M. Yves Cochet. Nous avons simplement une vision de l’avenir, y compris pour la région capitale, totalement différente de la vôtre, imprégnée de religion croissantiste,...

M. Jean-Frédéric Poisson. Nous y voilà !

M. Yves Cochet. ...avec priorité au bétonnage et à la création de nouvelles infrastructures, au motif que la région capitale n’en compterait pas assez !

Ce projet de loi est paradoxal. Il se caractérise tout à la fois par son étroitesse - un simple métro, fût-il extrêmement coûteux - et sa démesure. Il passe à côté de son sujet pour proposer des solutions tantôt insuffisantes, tantôt titanesques : vous voulez construire une rocade au tracé inadapté et un centre de recherches sur le plateau de Saclay qui déséquilibrerait à la fois le territoire de l’ensemble du pays et les pôles de recherche franciliens.

Il s’agit d’un mauvais texte, parsemé d’erreurs de jugement, d’analyse et de diagnostic. En somme, c’est un texte aveugle à toute vision lucide de l’avenir.

Son titre même est mensonger. Censé être consacré au Grand Paris, il ne concerne en fait que le droit de l’urbanisme et un peu celui des transports. Cela n’a rien à voir avec la vision du Grand Paris qu’ont proposée dans leurs projets la dizaine de cabinets d’architectes sélectionnés, il y a quelques mois.

M. Yanick Paternotte. Chaque chose en son temps !

M. Yves Cochet. Du travail de ces dix équipes, je ne vois nulle trace dans votre projet de loi. Je citerai l’une d’elle, formée du duo franco-allemand Geipel et Andi : « La perspective n’est pas un plus grand Paris, toujours plus grand, mais un Paris autre, qui au lieu de se définir par ce qu’il n’est pas - banlieue, espace vert, cité-dortoir, zone d’activités ou centre de loisirs - se déterminerait par ce qu’il est aussi : une ville qui entreprend les pas d’une nouvelle métamorphose dans l’ère post-Kyoto et qui repense les séparations entre nature et culture, entre intérieur et extérieur, entre polycentralité et densification. Nous pensons que Paris peut être le laboratoire d’une autre métropole : la métropole douce ».

Monsieur le secrétaire d’État, à l’évidence, vous ne proposez pas une métropole douce, mais un territoire urbain désincarné, détaché de son environnement et du bien-être de ses habitants. Je ne crois pas que l’on puisse créer une métropole à travers un réseau de transports. Vous avez répondu hier qu’il s’agissait d’un premier pas et que d’autres projets seraient consacrés à l’ensemble des aspects du Grand Paris.

Mais qu’en est-il aujourd’hui du logement, de la préservation de l’environnement, du maintien d’une agriculture de proximité, de la qualité de la vie, de l’accès à la culture et de la lutte contre la ségrégation urbaine ou de la mixité sociale ? Rien. Alors que 10 % de la population d’Île-de-France vit en dessous du seuil de pauvreté, aucune solution n’est formulée dans votre projet de loi pour remédier à cette situation.

Vous proposez un « grand huit » qui relie les quartiers d’affaires aux aéroports : en réalité, il ne sera utilisé que par quelques femmes ou hommes d’affaires. On peut même se demander s’il ne sera pas constamment à moitié vide.

Votre projet inclut bien sûr les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly. Apparemment, vous croyez dur comme fer au développement futur d’un transport aérien en progression constante de plusieurs points chaque année. Il fut même un temps question d’un troisième aéroport - vous devez vous en souvenir, vous qui vous êtes occupé des affaires aériennes - que l’on ne savait pas vraiment où implanter : en Île-de-France ou un peu plus loin vers Compiègne ou Chartres, voire en Picardie. Et je ne parle pas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes que notre ami Jean-Marc Ayrault défend, hélas ! contre toute raison.

M. Jean-Christophe Lagarde. Ah !

M. Yves Cochet. Croire en la nécessité de construire davantage d’aéroports en France dans une perspective de cinquante à quatre-vingts ans, c’est supposer que le trafic aérien va continuer de croître dans les années 2025 à 2050. C’est être totalement aveugle à la réalité des contraintes géologiques qui pèsent sur le transport aérien, du fait de la moindre accessibilité aux énergies. Le kérosène sera devenu si coûteux que les clients de la classe économique déserteront les aéroports. Vous commettez une très grave erreur que nous paierons très cher. C’est un éléphant blanc, à l’instar du canal Rhin-Rhône à grand gabarit.

On ne saurait penser une métropole post-Kyoto sans remettre en cause les vieux schémas selon lesquels big is beautiful. La concentration d’activités tertiaires sur un territoire limité ne peut avoir des résultats positifs. Le 26 juin 2009, l’EPAD, rendu célèbre par une certaine affaire familiale, a informé ses administrateurs que son plan financier 2009-2016 allait connaître un déficit de plus de 150 millions d’euros. La « Tour sans fin » de Jean Nouvel, qui n’a jamais eu de début, est obsolète : le modèle des tours de 300 mètres, exclusivement fondé sur la spéculation, est devenu impossible à financer. La seule durée des chantiers compromet leur rentabilité, à tel point que l’on en vient à envisager des ouvertures par blocs afin de permettre des rentrées financières plus rapides... Un exemple de plus de l’inanité à s’obstiner à concentrer certaines activités dans des zones bien arrêtées au lieu de favoriser la mixité. Or vous voulez à nouveau faire du zonage à grande échelle.

Bien sûr, je me réjouis que la commission nationale du débat public ait été réintroduite à la faveur des débats en commission. J’espère que cet acquis ne sera pas remis en cause au cours de nos débats dans l’hémicycle. Comme l’ont déjà dit certains orateurs, la participation du public et des élus est essentielle, compte tenu des projets démiurgiques que l’on envisage sur leurs territoires.

Je déplore l’absence de clairvoyance quant aux parties prenantes du secteur des transports. La section CGT de la RATP a dit refuser un « dépeçage en règle » de l’entreprise publique de transport après l’adoption d’un amendement au projet de loi sur le Grand Paris prévoyant une séparation juridique entre gestion de l’infrastructure et exploitation.

Votre texte est également amnésique, car il existe un outil beaucoup plus porteur et convaincant pour aménager la région, même s’il n’est pas parfait : je veux parler du schéma directeur de la région Île-de-France, adopté il y a quatre ans. Alors qu’il aurait pu, à tout le moins, servir de base, votre projet le met totalement de côté. Ce document est actuellement bloqué au Conseil d’État. Vous préférez préparer les élections régionales avec un projet qui n’a pas lieu d’être.

Notre temps de parole étant limité, je vais me concentrer sur les grandes lignes.

Ce projet n’a rien d’écologique. Il repose sur une vision productiviste et aveugle de l’avenir. Il est également inéquitable car il renforce les déséquilibres entre les sous-régions de la région Île-de-France. Qui plus est, il est imprécis et complexifie davantage le système.

En conclusion, votre projet se réduit à une vision d’infrastructures et non pas d’aménagement global ou d’avenir. Il sera, hélas ! sans doute voté par notre assemblée, mais je prends le pari avec vous qu’il ne sera pas réalisé...

M. Jacques Alain Bénisti, rapporteur pour avis. C’est le pari du non-Paris !

M. Yves Cochet. ...parce que l’histoire réelle de la décennie qui arrive le rendra impossible.

Par Yves Cochet - Publié dans : Grand Paris
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Commentaires

La déchetterie, une affaire politique

A l’heure du discours sur la coopération territoriale entre Paris et ses communes voisines, à l’heure où Paris, dans ses discours, ne traite plus « sa » banlieue comme un territoire de rejet, les édiles et l’administration parisienne ont pour projet d’installer une « déchetterie » dans leur sortie de ville sur la RN2, mais à l’entrée de la ville voisine d’Aubervilliers considérée jadis comme une « banlieue », comme un commun de Paris.

La dite coopération territoriale, à l’heure de la démocratie participative et consultative, semble se passer entre élus de la même majorité, et non avec les habitants. En effet, ce n’est que bien tardivement que le projet décidé de déchetterie fut présenté par l’équipe municipale à la population. Il y a bien sûr eu la crainte de l’équipe municipale du rejet de la population.

La déchetterie est, une fois présentée au public, renommée comme « centre d’apport et de revalorisation des déchets ». Elle sera ouverte aux habitants et entreprises de Paris et d’Aubervilliers. Pourquoi pas de Plaine Commune puisque Aubervilliers y est intégré et que la communauté d’agglomération exerce la compétence traitements des déchets et à ce titre a construit trois déchetteries ? La voirie d’un carrefour déjà bien remplie sera utilisée, et donc les flux de circulation automobile seront augmentés, pénalisant les artères d’Aubervilliers. Sauf si un débat public aurait été ouvert entre Aubervilliers – Plaine Commune - et Paris. En effet, aucune étude n’a jusque là était rendue public. Par ailleurs, il y a quelques mois, un projet fabuleux devait s’implanter dans cette zone : un complexe hôtelier de standing de 15 000 m², un centre commercial et un parking de 300 places. En contrebande s’est installé un projet « provisoire » parait-il de déchetterie, déménageant dans quatre ans à Pantin !

Il est vrai que la déchetterie installée dans un silence de contrebandier sera dans le canton de Jean-Jacques Karman ! La visée symbolique et politique est évidente. Mais s’attaquer aussi à lui, sans vouloir le défendre, c’est s’attaquer à celles et ceux qui ont voté pour lui.

Si le débat public aurait eu lieu, il aurait apparu, outre la verve habituelle et le non non non, la différence entre l’usage des parisiens et la proximité des albertivillariens. L’impact de la déchetterie sera direct sur les albertivillariens, les habitants de Paris sont à plusieurs centaines de mètres. Ce sont encore eux qui vont subir une entrée de ville encore plus bouchée.

Enfin, ce genre de projet et la méthode « démocratique » et silencieuse, confirme l’imaginaire de la ville-musée et la banlieue poubelle ! A contre-courant non-productif des discours de Pierre Mansat, adjoint communiste aux collectivités territoriales. Le projet de déchetterie est cité d’ailleurs, dans le bilan de mandat 2009 par l’équipe Delanoë, comme un « projet intercommunal ». Ceci confirme que le projet est ancien.

Je m’étonne alors pourquoi l’opposition au projet, non pas seulement la déchetterie, mais la méthode, le discours des parisiens n’est pas plus aigue.

Je ne suis pas opposé au projet mais je m’étonne du silence plombant, de la méthode non-démocratique ; une question se pose : pourquoi les opposants aux projets ne se révoltent pas plus ?

Je m’étonne que le projet n’ait pas été présenté bien en amont, lorsque les élus parisiens en ont parlé aux élus de la majorité socialiste : démonstration de la nécessité d’une déchetterie ici et pas ailleurs, insertion dans la ville, relation avec les déchetteries de Plaine Commune, personnel, usages, stationnement et circulation, garanties, contreparties pour Aubervilliers, coopération avec Plaine Commune, participation aux gestes de tri sélectif d’Aubervilliers…A quand le complexe hôtelier ?...Bref un argumentaire public aurait été honnête et signe que les élus ont une relation mûre avec sa population pris en majorité.

Il faudrait mettre en relation avec la révision actuelle du Plan Local d’Urbanisme.

Des méthodes plus directes sont à envisager devant ce déni de démocratie : se faire entendre dans les réunions de quartier du 20°, dans les conseils de quartier d’Aubervilliers, à Pantin (puisque les pantinois seront impactés dans quatre ans), faire des actions spectaculaires : opération 200 personnes dans la mairie amenant chacun leur sac poubelle, et pourquoi pas dans la mairie du 20°, comme les activistes de Greenpeace, bloquer le carrefour aux heures les plus fréquentées. A quand de la révolte imaginative et non-violente ?

L’affaire de la déchetterie de la Porte de la Villette révèle et devrait manifester à toute la population comment la municipalité socialiste considère les habitants.

L’affaire de la déchetterie de la Porte de la Villette révèle combien la métropole a dans les faits Paris pour centre, Paris se veut le centre de tout encore. L’heure n’est pas encore à la métropole, une affaire mineure le montre clairement.

A quand une véritable métropole où la Ville de Paris reconnaîtra à part entière, même si elle possède toutes les qualités, les villes attenantes comme des villes autonomes ?
Commentaire n°1 posté par vigie le 19/12/2009 à 10h02

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