Samedi 10 avril 2010
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Les premiers retours d'expérience montrent qu'une part des bureaux et des logements certifiés économes en énergie consomment plus que prévu. « La certification n'est pas suffisante si les usagers
ne suivent pas » La certification verte d'un bâtiment vaut-elle le (sur) coût ? Depuis cinq ans, les chantiers se multiplient sous la bannière HQE, la certification BBC, les labels Breeam ou LEED
(voir ci-contre). Immeubles de rapport, bureaux, logements, écoles, équipements culturels : la vague de l'immobilier durable déferle sur l'Hexagone, avec 15.000 bâtiments en cours de labellisation
BBC Effinergie. Le tout avec des coûts de construction majorés de 5 à 10 %. Pourtant, les pionniers ne font pas systématiquement le même constat, comme le montrent plusieurs études publiées ces
derniers mois. Des économistes du Conseil national de recherche canadien (CNRC) ont passé au crible les performances de 100 bâtiments américains construits selon les certifications LEED. Sans
surprise, les chercheurs ont calculé que la plupart de ces ouvrages consomment en moyenne 18 à 39 % d'énergie en moins par mètre carré que leurs équivalents conventionnels. Mais entre un quart et
un tiers d'entre eux consomment en fait davantage que leurs homologues non certifiés. Un comble pour les investisseurs qui engagent des surcoûts pour acquérir un bâtiment plus performant. L'étude
affirme même que les performances du bâtiment sont décorrélées des notes LEED décrochées (silver, gold, platinium). En France, l'exercice vient d'être mené par une équipe composée de la foncière
immobilière Icade et du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Icade fait partie des maîtres d'ouvrage pionniers dans la HQE avec le bâtiment « 270 » à Aubervilliers
(Seine-Saint-Denis), livré en 2005. Les auteurs de l'étude, financée dans le cadre du Programme de recherche et d'expérimentation sur l'énergie dans le bâtiment (Prebat), ont longuement interrogé
les utilisateurs et les gérants de trois bâtiments tertiaires : le 270 et le Millénaire, tous deux situés à Aubervilliers et appartenant à Icade, ainsi que le pavillon d'accueil de l'institut de
recherche Ineris à Verneuil-en-Halatte (Oise). Des résultats décevants Ces trois bâtiments partageaient des objectifs de réduction de consommation ambitieux. L'expérience montre que les deux
bâtiments d'Icade ont manqué leur cible énergétique. La consommation réelle du 270 atteint 170 kWh/m² par an, soit 50 kWh/m² par an de plus que les prévisions. Le Millénaire a consommé, en 2008,
247 kWh/m 2, contre 217 kWh/m 2 prévu. Comparé à la norme RT 2005, le gain est donc faible, voire nul, mais il reste avantageux vis-à-vis du parc existant, dont l'Ademe estime la moyenne à 286
kWh/m² par an. L'enquête de terrain a permis de mieux comprendre l'origine de ces dérives. Dans le cas du 270, c'est le cas d'école d'une mauvaise adéquation entre la conception du bâtiment et son
usage. Conçu pour fonctionner de jour, il est en réalité occupé également la nuit, car l'un des locataires travaille dans la presse (« Paris-Turf »). Du coup, le chauffage et la climatisation ne
passent jamais aux modes de veille prévus. « Pensé dans une logique mono-usage, le bâtiment n'a pas été conçu pour s'adapter à un usage différent à chaque plateau », diagnostique l'étude. Les
exploitants des bâtiments disent également buter sur la sophistication excessive des gestions techniques du bâtiment (GTB) informatiques, réédition du syndrome de la domotique des années 1980. Les
occupants rivalisent d'anecdotes : les capteurs de présence déclenchent capricieusement les éclairages. Les stores robotisés, outre des problèmes de fiabilité des moteurs, ont été désactivés par
les employés jugeant leur fonctionnement trop bruyant. Les grandes façades vitrées, prévues pour exploiter la lumière naturelle et améliorer le confort de vie, gênent le travail bureautique sur
écran. Les utilisateurs ont donc privilégié l'éclairage artificiel et colmaté les baies vitrées, parfois par des cartons bricolés. L'impossibilité d'ouvrir les fenêtres gêne les salariés, qui se
plaignent des odeurs corporelles en fin de journée. Quant au système de récupération des eaux pluviales, il n'a jamais été raccordé au double réseau existant. Même l'excellente isolation phonique
des bureaux est vécue par certains comme une coupure gênante. Le pavillon d'accueil de l'Ineris, lui, consomme un peu moins que prévu, bénéficiant de la simplicité de conception de ses dispositifs
passifs. Quelques défauts persistent, comme le sous-dimensionnement des chasses d'eau économes, qui ont imposé leur arrêt. Le hall d'accueil est mal chauffé et nécessite des radiateurs d'appoint en
hiver. En été, la ventilation nocturne, qui exploite l'inertie thermique du bâtiment, a trouvé ses limites dans les étages élevés, car des questions de sécurité empêchent l'ouverture des portes de
bureau, indispensable au système. De plus, ce système est arrêté la nuit par les agents de sécurité qui ne supportent pas les courants d'air induits. « Si le bâtiment ne répond pas aux besoins
fondamentaux des utilisateurs, il est alors illusoire d'espérer un comportement plus sobre de leur part », préviennent les auteurs. Manque de savoir-faire L'étude canadienne parvient aux mêmes
conclusions pour expliquer la dérive de certains bâtiments : changements d'usage et sophistication excessive des technologies. Une étude plus ancienne de l'Energy Centre de l'université de Genève,
sur un complexe suisse certifié Minergie, avait constaté une dégradation similaire des performances sur les deux premières années de la vie du bâtiment. Ces dérives sont bien connues des
spécialistes du bâtiment durable. Alain Bornarel, du bureau d'études spécialisé Tribu, rappelle également l'existence d'erreurs de conception et de construction, notamment dues au manque de
savoir-faire des artisans français dans l'étanchéité à l'air. Il cite le cas d'un projet tertiaire qui prévoyait un système de ventilation à double flux. Quelques mois après réception, le maître
d'ouvrage constate que ses consommations d'énergie sont deux fois plus élevées que prévu. « Le maître d'ouvrage et son bureau d'études avaient décidé, pour des raisons de coût et de facilité
d'entretien, de supprimer l'échangeur de chaleur du système », sourit-il. Pour autant, Alain Bornarel se garde bien de fustiger les erreurs de jeunesse de la construction durable : « Je revendique
le droit à l'expérimentation et à l'innovation. Il faut suivre sur 2 ou 3 ans le début de vie d'un bâtiment pour stabiliser ses performances.» D'ailleurs, l'expérience n'a pas dissuadé Icade de
poursuivre son acquisition de 250.000 m² d'immeubles certifiés HQE. MATTHIEU QUIRET, Les Echos Une forêt de labels BBC-Effinergie. Certification volontaire qui récompense une consommation
inférieure à 50 kWh/m² par an pour les logements neufs et 80 kWh/m² par an pour les réhabilitations de logements. Ces performances sont ajustées en fonction de la localisation géographique du
bâtiment. En tertiaire, le BBC (bâtiment basse consommation) concerne les consommations en énergie de chauffage, d'eau chaude sanitaire, des auxiliaires de chauffage et de ventilation, de la
climatisation et de l'éclairage. BREEAM. Label d'origine britannique (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) parfois utilisé en France par les investisseurs de visibilité
internationale. Etiquette ABCDEFG. Inspirée des étiquettes des appareils électroménagers, elle comporte 7 classes. La classe A correspond à une consommation inférieure à 51 kWh/m2/an. La classe G
dépasse les 450 kWh/m2/an. HQE. Label français de l'association HQE (haute qualité environnementale) qui impose, sur un total de 14 cibles, d'être « très performant » dans au moins trois domaines,
et « performant » dans cinq autres. Plusieurs certifications HQE existent selon le type de bâtiment : logements, bureaux, hôtellerie, commerces… HPE et THPE. Ces deux labels correspondent
respectivement à une consommation inférieure de 10 % et 20 % à la RT 2005. LEED. Label américain (Leadership in Energy and Environmental Design) parfois utilisé en France. RT 2005. La
réglementation thermique française impose une consommation maximale de 250 kWh/m2/an pour le neuf. RT 2012. La réglementation prévue par le Grenelle de l'environnement impose le niveau BBC comme
norme après le 1er janvier 2013.
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