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  • : Jean-François Monino
  • Les Verts d' Aubervilliers
  • : Homme
  • : 01/02/1980
  • : france paris seine-saint-denis aubervilliers
  • : ecologiste
  • : Maire adjoint à la Ville d'Aubervilliers aux travaux,à la Voirie et à l'agenda 21. Conseiller Communautaire Président du groupe des élus Verts et Europe Ecologie.
Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /2009 22:51
http://www.edwardgoldsmith.com/images/portraits/teddy_379_300.jpgLe  mouvement écologique vient de perdre un de ses parrains - dans le meilleur  sens  du terme - avec la disparition d'Edward, dit "Teddy", Goldsmith,  survenue  le  21  août,  dans  sa  maison  située près de Castellina  in  Chianti,  en  Toscane. Sans doute moins connu qu'Ivan Illich ou André Gorz, il n'en a pas moins imprimé une forte empreinte sur  l'écologie  politique. Son influence intellectuelle a été portée par  la  parole  et par un journal, The Ecologist, autant que par ses ouvrages.  Il assumait aussi un engagement militant original, soutenu par le hasard de la fortune, qui l'avait richement doté.

Teddy  Goldsmith est né le 8 novembre 1928 à Paris de Frank Goldsmith et  de  Marcelle  Mouiller.  Frank avait quitté l'Angleterre en 1918, suite  à  la vague antiallemande qui sévissait alors dans ce pays. Il bâtit  en  France  une  affaire  très prospère, la Société des hôtels réunis, donnant à ses deux enfants - le cadet de Teddy, Jimmy, est né en  1933  -  une  enfance  dorée, la double nationalité (française et anglaise),  et  une  fortune que Jimmy saurait multiplier et Teddy ne pas dilapider.

Edward  a connu une enfance heureuse, entre les palaces cinq étoiles, quelques semestres aux Bermudes, pendant la deuxième guerre mondiale, où  il  développa une passion très bien informée sur les coquillages, avant  d'entreprendre des études à Oxford, au Magdalen College, qu'il ne  poussa pas au-delà de la troisième année. Il passa ensuite, entre 1953  et  1955,  deux  ans  de service militaire dans les services de renseignement  en  Allemagne, avant de "s'essayer" aux affaires, dans une  entreprise  de  distribution  de  composants électroniques. Sans grand  succès, comme il l'indiquait lui-même : dans une courte notice autobiographique,  il  précise  qu'il  "consacrait l'essentiel de son temps  libre  à l'étude des sujets qui continuent à (le) préoccuper".
Grand lecteur, il put abandonner l'idée de gagner sa vie à la mort de son  père, en 1967, pour se consacrer à des sujets plus proches de sa compétence.

Les  deux frères, Teddy et Jimmy, auraient passé un accord oral selon lequel  Jimmy  aurait  la  disposition de l'héritage pour le gérer au mieux,  tout  en  versant  une rente à Teddy pour le reste de sa vie.
L'accord,   fidèlement   respecté   par   un  cadet  qui  deviendrait milliardaire,   tout   en   restant  très  admiratif  de  l'envergure intellectuelle  de  son  aîné,  a  permis à celui-ci de mener une vie dégagée des soucis matériels.

Mais  certainement  pas  oisive.  Dès  1968,  Teddy,  qui  avait fait plusieurs  voyages  d'étude  dans des contrées alors encore reculées, notamment  au  Botswana,  participait à la fondation de ce qui allait devenir Survival International, l'organisation de défense des peuples premiers. En 1969, il lançait au Royaume-Uni The Ecologist, une revue austère,  mais  qui  allait  s'imposer  comme  une  référence dans la réflexion  sur  l'actualité  environnementale.  En  1973, il publiait Blueprint  for  Survival  (Changer  ou  disparaître, Fayard), qui est devenu  un best-seller : il y expliquait, parmi les premiers, comment la  poursuite  de  la croissance et du productivisme conduisait à une dégradation insupportable de la planète Terre.

CONCEPT DE DÉCROISSANCE


Le   succès   de   ce  livre  allait  lui  permettre  d'asseoir  plus confortablement  The  Ecologist  et  de  répandre ses idées avec plus d'efficacité. Il fut ainsi un des premiers à faire connaître Nicholas Georgescu-Roegen,    l'économiste   qui   élabora   le   concept   de décroissance. Il soutint le développement de la théorie Gaïa de James Lovelock et Lynn Margulis : selon cette théorie, le fait que la Terre manifeste  une  capacité  extraordinaire  à  maintenir  son équilibre (homéostasie) permettait d'inférer qu'il s'agissait en fait d'un être vivant.

L'activité  intellectuelle  ne  l'empêchait  pas cependant de militer activement, parfois sur le terrain, notamment contre le développement de l'énergie nucléaire, qui était une de ses bêtes noires.

En  France,  il  participa  à  l'animation  du réseau d'intellectuels Ecoropa  (avec Denis de Rougemont, Jean-Marie Pelt ou Agnès Bertrand) qui  allait  devenir  un  des  rouages  discrets  mais  important  du mouvement altermondialiste. Car, en 1984, à partir de l'analyse de la destruction des forêts tropicales ou de la construction des barrages, The  Ecologist  formula une critique virulente de la Banque mondiale.
Cela  contribuait  à  constituer une analyse globale des institutions financières internationales, conduisant aux grandes manifestations de Seattle en 1999 contre l'Organisation mondiale du commerce.

Membre  actif de l'International Forum on Globalisation, Goldsmith se trouvait  ainsi  au  coeur du mouvement d'idées - alliant écologie et souci  de  la  justice sociale - qui a repris l'ascendant idéologique depuis  le  début  des  années  2000  sur  un néolibéralisme en phase d'épuisement  théorique.  Son  intégration  pourrait paraître étrange dans  un  mouvement  dont  d'autres  forces  venaient  d'un  marxisme réinterprété.  Mais  elle était pleinement légitime : il représentait une  écologie  naturaliste  mais  lucide sur les rapports de pouvoir, revendiquant  la  sobriété et la critique du modernisme, assumant une philosophie inspirée de l'accord des peuples premiers avec la nature, rêvant de communautés à échelle humaine et autonomes.

Goldsmith  a plus compté par sa parole éloquente et son influence que par  ses  ouvrages  à  vocation  théorique. Il restera comme le grand témoin  d'un  courant  essentiel  de la critique écologique, que l'on pourrait qualifier de conservateur si ce mot avait encore un sens. Un courant  que  l'écologie  politique ne saurait oublier, sous peine de s'assécher et de se stériliser.

Teddy  Goldsmith  était  aussi un homme de contradiction, prenant par exemple l'avion plus souvent qu'à son tour. Mais personnage bachique, bon  vivant, sachant que bien manger et rire est le meilleur moyen de faire  jaillir  l'étincelle qui lancera le feu des idées. Un homme de convivialité, sans laquelle l'écologie ne serait que triste morale.


Le Monde - Hervé Kempf

http://www.teddygoldsmith.org/
Par Frédéric GARNIER - Publié dans : Actualité
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